Une trés belle interview du magazine Artmaniak à lire sur leur site.
Extrait:
Florence Coupry : Votre personnage, Petruchio est extrêmement complexe. C’est d’abord un individu qui joue la comédie devant un vieil ivrogne, tout en feignant de le prendre pour un seigneur. Au sein de ce théâtre en abyme, il est un gentilhomme qui simule de bonnes intentions pour épouser la dot de Catharina. Puis, amoureux de la belle, il joue encore la comédie devant elle pour l’apprivoiser... Alors acteur ? Amoureux ? Loïc ? Qui êtes-vous au moment d’incarner Petruchio?
LC : La question ne se pose pas. Il ne s’agit pas forcément d’être quelqu’un d’autre sur scène ; c’est dans le regard des autres que se façonne mon personnage au moment de jouer. On est véritablement dans un rapport immédiat au rôle que l’on interprète. Certains acteurs – et je le respecte – se concentrent pendant des heures avant d’entrer sur scène. Moi j’ai besoin d’être très détendu jusqu’au dernier instant. Toute la gymnastique consiste à jongler entre les moments ou l’on entre dans son personnage et ceux où l’on s’en abstrait. Pendant la pièce elle-même, d’ailleurs, au moment de la scène du baiser, cet exercice est possible : cachés sous une planche, Françoise Gillard et moi, on rigole trois secondes, on s’extrait totalement du jeu avant de redevenir, d’un coup, Catharina et Petruchio. C’est bien là tout le paradoxe du comédien soulevé par Diderot (« Tout son talent consiste non pas à sentir (…), mais à rendre si scrupuleusement les signes extérieurs du sentiment que vous vous y tromperez »). Comme dans cette anecdote, sur le tournage de Marathon Man (1976) : Dustin Hoffman, qui doit paraître épuisé par un long footing se prépare en courant pendant deux heures. Mais Laurence Olivier, à qui il donne la réplique, arrive pour sa part frais et dispo, et au moment de filmer, semble aussi essoufflé qu’Hoffman. Ce dernier, surpris, lui demande son « truc ». Et Laurence de répondre : « Et si vous vous contentiez de jouer ? ».